John Lyman Cox (1866-1955) page 16

Hommage
 

par
MARK SHERMAN
Pasadena, Californie


Appendice III

 

La famille extraordinaire de C. F. Jayne
(suite)

 

Le père de Caroline

   Il est difficile de décider qui est le plus
intéressant: Frank Furness ou son frère Horace
Howard Furness (1833-1912). Comme pour Frank,
plusieurs livres ont été écrit sur lui. D'après le
biographe James M. Gibson, HHF était plus
intellectuel. Il a suivi les traces de son père à
Harvard (classe de 1854), et après deux années
de voyages en Europe, il a étudié le droit et a été
admis au barreau de Philadelphie en 1859.


En juin 1860, il s'est marié à Helen Kate Rogers,
la fille d'Evans Rogers, un riche marchand de
quincaillerie. Exempté de service militaire pour
cause de surdité, il a servi dans la Guerre Civile,
sur le terrain et sur une plate forme de conférences,
en tant qu'agent de la Commission Sanitaire. Bien
que sa surdité l'ait privé de musique, théâtre, et de
toute conversation qui n'était pas exprimée dans
son cornet acoustique, elle ne l'a pas privé de
carrière littéraire.

 

HHF aimait les oeuvres de Shakespeare. En 1860,
à l'âge de 27 ans, il s'est joint à la Shakespeare
    Society de Philadelphie, une organisation composée
en grande partie de collègues avocats. Toute les deux
semaines, ils se rencontraient pour lire et discuter
Shakespeare, aidés de 600 livres et pamphlets, qui
appartenaient au président de la société. Les défis
qu'ils ont du affronter ont très bien été résumés par
HHF, dans ses mémoires:

 

"Chaque membre avait une copie de Shakespeare
Variorum de 1821, que nous croyions affectueusement
avoir été assemblé sous chaque pièce de toutes
les connaissances traditionnelles shakespearienne,
qui méritaient d'être préservées jusqu'à maintenant.
Ce qui avait été ajouté depuis cette année, était
dispersé dans plusieurs éditons différentes, et dans
de nombreux volumes dispersés dans le monde
littéraire tout entier. Assembler ces objets errants
de critique était un dur travail, dur mais nécessaire
si nous ne voulions pas que notre travail sur le
texte soit vain. Il arrivait fréquemment que nous
passions une soirée entière sur un passage difficile,
pour à la fin constater que la question avait été discutée,
et réglée par des hommes érudits quelque part. Donc,
nous avons compris que si nous devions poursuivre nos
études avec l'ardeur de la recherche originale, nous
devions savoir exactement savoir tout ce qui avait été
dit ou suggéré par nos prédécesseurs."

 

Par conséquent, le New Variorum Edition of
Shakespeare a été conçu. Lorsque la Society de
Philadelphie a commencé à étudier Roméo et Juliette
en 1866, HHF a commencé avec patience à préparer
son premier volume valorium, qui a été publié 5 ans
plus tard. Mais trois mois avant que le premier volume
du New Variorum ne soit publié, quelque chose
d'extraordinaire se passa: le beau-père de HHF,
Evans Rogers, mourut. L'un des sept millionnaires de
la ville Philadelphie, Evans Rogers a laissé à sa mort,
une fortune équivalente à près de deux millions de
dollars - une somme astronomique à cette époque,
équivalent à 30 million de dollars dans l'économie
de nos jours. Dans son testament, il laissa 10,000 $ à
son beau-fils HHF, et un fonds en fidéicommis
évalué à plus de 750,000 $ destiné à être divisé,
après que plusieurs legs aient été payés, entre
son fils Fairman Rogers et sa fille Helen Rogers
Furness. Incluant le legs d'une maison située au
222 West Washington Square à Philadelphie, plus
quatre maisons rue Locust à proximité. Des
 propriétés à St. Louis et Nouvelle Orléans faisaient
aussi partie du cadeau. Pendant les six années
suivantes, en employant le revenu du fonds en
 fidéicommis, HHF a acquit les cinq maisons
restantes situées du coté nord de la rue Locust,
pour compléter la propriété du pâté de maison.
Le placement le plus important, cependant, a été
dans les livres.

 

HHF a fait un effort pour acheter la bibliothèque
 complète de Shakespeare de Barton (2500 livres)
pour 15,000 $, mais la veuve de Barton choisit de la
 vendre plutôt à la Bibliothèque Publique de Boston.
Il se tourna donc vers des acheteurs privés de livres,
pour l'aider à construire sa collection. Donc, après
dix ans et plus de 10,000 $, il a réussit à assembler
plus de 2000 d'éditions et de travaux de critiques,
certains datant du début des années 1600. Il avait
maintenant tout ce dont il avait besoin, pour
acheverson New Variorum.

 

HHF gardait ses livres dans des bibliothèques en
noyer massif, au second étage de sa maison située
 West Washigton Square, entouré de souvenirs de
Shakespeare et de portraits de ses amis et de sa
famille. Tout au long des années 1870, il a travaillé
sur Macbeth (1873), Hamlet (1877), et Le Roi Lear
(1880). Chaque volume publié par Lippincot, était
prisé par les étudiants de Shakespeare du monde
entier. Pendant ce temps, sa femme, Helen Kate
Rogers Furness, travaillait à A Concordance to
Shakespeare's Poetry: an Index to Every Word
Therein Contained, qui a été publié en 1874.
C'était aussi une tache monumentale, étant
donné que la poésie de Shakespeare comprend
plus de 50,000 mots. Horace et sa femme Hélène
travaillaient habituellement côte à côte, dans leur
bibliothèque jusqu'à 23 heures. Souvent Horace
restait jusqu'à 2 heures du matin, à fumer sa pipe
et à écrire.

 

Mais en 1880, le désastre a frappé: Helen Kate
développa une névralgie, et elle mourut en 1883
à l'âge de 46 ans, lassant sa fille Caroline,
orpheline de mère à l'âge de 10 ans. Caroline
était la petite dernière d'Horace et d'Helen.
Ses trois frères aînés, Walter Rogers Furness,
Horace Howard Furness Jr., et Willliam Henry
Furness III étaient nés entre 1861 et 1866.

Après la mort de sa femme, HHF la pleura
pendant des mois, affirmant "ma vie, mon travail
c'est fini." Finalement, deux années plus tard, il
se porta volontaire pour servir de Président du
Comité de la Bibliothèque de l'Université de la
Pennsylvanie, un poste qui l'occupera pendant les
six années suivantes. A cette époque, la Bibliothèque
n'avait pas de bibliothécaire permanent à temps
 complet, et rien n'avait été catalogué depuis 1829.
Les enregistrements des retraits n'avaient pas été
 gardés, et on n'avait pas fait d'inventaires depuis
des décennies. En 1880, les bibliothécaires qu'il a
engagés ont catalogué plus de 20,000 livres en
employant 71,000 cartes écrites à la main.
Malheureusement, la collection de 40,000 livres,
était enfermée dans deux pièces et plusieurs
unités de stockage. Pour aggraver encore la
situation, en 1886, le Ministre de l'Intérieur
choisit la Bibliothèque pour servir de lieu de
dépôt, pour toutes les publications du
Gouvernement Américain. Il était clair que
l'Université avait besoin d'ériger un nouveau
bâtiment. Le contrat échut à l'architecte Frank
Furness, le frère de HHF. En 1890, le bâtiment
chargé, complet avec des arcs romans, des plafonds
en tonnelle, et une pièce de lecture imposante,
piles de livres ignifuges, installation de lumière au
gaz, et un catalogue de cartes arrangé selon le
système récemment conçu par Dewey, était prêt
à recevoir des livres. En 1896, elle était considéré
comme une des plus importantes bibliothèques
de recherche du pays.

 

Pendant les années 1880, HHF a servi aussi de
président temporaire de la Commission de
l'Université de Seybert pour enquêter le phénomène
de spiritisme. Pendant trois années, HHF, a invité des
médium à sa maison de Washington Square, et a
 participé aux séances, auxquelles étaient présents
aussi son frère Frank et sa femme, son fils Walter,
et Mlle Agnes Irwin, la fondatrice de l'école pour
filles, où sa fille Caroline étudiait. Dans le rapport
final de la commission, publié en 1887, les
enquêteurs n'ont pas trouvé d'évidences scientifiques
pour étayer les doctrines du mouvement du
spiritisme, mais a révélé plusieurs exemples de
fraudes mises en oeuvre par les médiums, qu'ils
enquêtaient.

 

Après la mort de sa femme en 1883, la maison
familiale au 222 West Washington Square ne
lui appartenait plus. Elle était passée au fils
aîné d'Hélène, Walter, comme stipulé dans le
testament de Will Rogers. Bien que HHF restait
en ville pendant la saison sociale d'hiver, il passait
les étés à Lindenshade, une grand maison dans
les faubourgs (Wallingford) conçue par son frère
Frank, et construite une étendue de terre qu'il
avait acheté de la famille Rogers, peu de temps
après la Guerre Civile. Mais en 1894 HHF était
prêt à rester à Lindenshade toute l'année. L'année
suivante il commença la construction de l'extension
- une bibliothèque ignifuge faite de briques, fer,
amiante, et ciment pour abriter ses 8000 livres
rares. De la lumière vive entraient à travers six
grandes fenêtres, et baignait son bureau. Des
bibliothèques en noyer du sol au plafond. Des
tapis persans couvraient les sols en ciment. Des
portraits de famille ornaient les murs.

 

Horace Howard Furness assis près de son bureau,
dans sa bibliothèque à Lindenshade

 

Ici HHF commença une seconde collection de
livres sur et au sujet du poète latin Horace.
HHF lisait souvent Horace avec sa jeune fille
Caroline. Après avoir enseigné à sa fille le latin,
il l'a mis au défi de traduire son ode favorite
"à Sestius" qui a été subséquemment publié dans
le numéro de juin 1891, du Magasine de Lippincott
a été encensée par la critique. Lorsque sa fille
bien-aimée Caroline, est morte prématurément en
1909 de fièvre typhoïde, il a créé une collection
commémorative à son nom. Apposé dans chaque
volume se trouvait un ex-libris qui disait "Institut
Bibliotheca Horatiana en mémoire de Caroline
Furness Jayne." La légende au-dessus de son
 portrait disait "Neither present time nor years
 unborn/ Can to my sight that heavenly face
 restore." (Ni le temps présent et les années à
naître, peut pour mes yeux, ce visage céleste
restauré)


La collection se trouve maintenant
dans la Bibliothèque du Souvenir Wahlert au
College Loras à Dubuque, Iowa.

 

HHF a passé les dernières années de sa vie à
éditer et à annoter les pièces de Shakespeare.
Il est mort paisiblement le 1 août 1912, alors
qu'il travaillait dans sa bibliothèque. Lorsqu'il
est mort, il travaillait sur Cymbeline. Son fils,
Horace Howard Furness Jr. lui a succédé en tant
qu'éditeur du projet. Beaucoup des éditions sur
Shakespeare de HHF sont encore imprimées,
et consultées chaque jour par des érudits du
monde entier.

 

SUITE
Les frères de Caroline

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