Tom Storer page 10

Hommage à

Quelqu'un qui Aimait la Ficelle

  par
Mark Sherman

 
Notre seule et unique rencontre
 

La troisième, et dernière édition, de la Bibliographie
du Jeu de Ficelle de Tom est arrivée le 9 octobre
 1999. Quelle belle manière d'achever l'année, la
décennie et le siècle! J'ai rapidement comptabilisé
les entrées: 1833 citations, 323 avec procédures et
diagrammes, 258 avec seulement les diagrammes,
et 19 avec seulement les procédures: quel réussite!

 

Dans quelques semaines le monde entier
célébrerait le nouveau millénium (ou serait vautré
dans le cauchemar de l'ordinateur si les prédictions
Y2K se matérialiseraient vraiment). Pourquoi ne
pas célébrer la réussite de Tom en lui rendant une
visite? Pendant notre conversation téléphonique
du 28 novembre 1999, j'ai abordé le sujet et Tom
a répondu favorablement. J'ai accepté de le
rencontrer le 14 janvier 2000, près de 16 ans
après avoir échangé nos premières lettres - avec
la permission de Y2K! Etant quelqu'un qui ne
recevait pas régulièrement des invités, il était
peu disposé à me recevoir. Néanmoins, Tom
était désireux de partager un repas avec moi,
et suggéra que nous nous rencontrions à un
coffee shop, le Mapple Tree. Je devais chercher
un homme de 129 kg (285 lb) au teint sombre,
une queue de cheval, des lunettes foncées et une
cigarette dans sa main gauche. "Je suis d'accord,
ais-je dit!" Sans attendre, j'ai réservé un vol de
Los Angeles à Détroit, Michigan, et ai réservé
une voiture de location.

 

Lorsque nous nous sommes enfin rencontrés,
j'ai senti comme si j'avais retrouvé un parent
perdu de vue depuis longtemps. Aussitôt après
avoir échanger des salutations formelles,
nous avons commencé à échanger des cadeaux.
Pour célébrer l'occasion, j'ai offert à Tom des
photocopies de manuscrits du jeu de ficelle
non publiés, que je savais certainement qu'il
n'avait pas. Lui, en retour, m'offrit une pile
d'articles du jeu de ficelle photocopiés qu'il
savais (certainement) que je n'avais pas, ainsi
que 34 pages de ses "favorites actuelles"
écrites dans le code Storer (je passerais plus
tard, je ne sais combien d'heures, à apprécier les
92 jeux de ficelle qu'il avait annotés). Je n'ai
jamais publié le commentaire qu'il a fait,
lorsque nous avons échangé les piles de
 photocopies: "ça alors, Mark, c'est drôlement
bien à vous de faire un si long voyage pour
échanger des morceaux d'arbres avec moi"
(faisant référence, bien sûr, aux piles de papier
faits de pulpe, comme si l'encre sur le papier
n'avait aucune signification...).

 

De son sac fourre-tout, il commença à retirer
cadeau sur cadeau, chacun étant plus personnel
que le précédent. D'abord, il me fit présent d'un
petit tapis rond finement tissé des Iles Gilbert,
qu'Honor Maude lui avait envoyé plusieurs
années auparavant. Puis il me donna une belle
balle en cuivre, qu'il avait acquise d'un Indien,
qui prétendait qu'elle avait été éjectée d'un
volcan, quelque part dans l'Amérique du Sud.
Le dernier mais non le moindre, il me tendit
un petit sac et m'expliqua comment l'ouvrir.
un rouleau de ficelle fait de cheveux humains
finement tressés. Ne sachant quoi dire, je lui ai
 demandé où il l'avait trouvé. "Honor Maude", il
répliqua. Pour la relecture du livre Nauru
d'Honor Maude, il employait cette ficelle en
cheveux. Apparemment, la femme de chambre de
Mme Maude des Iles Gilbert l'avait réalisée pour
elle - bien que les cheveux de la femme de chambre
n'étaient long que de  5, 8 cm! Tout ce que je puis
 dire était: "Eh bien, êtes-vous sûr de vouloir
vous séparer de cela? " "Oui," répliqua-t-il.
"C'est à vous de la garder et de l'apprécier
jusqu'à que vous soyez prêt à le passer à votre
apprenti." Son commentaire me laissa sans voix.

Un moment plus tard, Tom tira une ficelle en
boucle de sa poche. La ficelle qu'il a employée
était douce, épaisse, grise, et usée. Aucun nœud
n'était visible - les bouts avaient été cousus. Il en
parla comme de sa "ficelle de voyage" signifiant
"à usages multiples, de longueur moyenne".
D'abord, il me montra quelque chose qu"il
nomma "la Finale Quebracho", (empruntée à
une figure sud américaine nommée
'Arbre
Quebracho'
fig. 11) - qui lui permit d'ajouter
des "crochets inversés carrés" à un motif central
de la figure.    Il fit suivre cela par une figure
qu'il appela 'Moitié Aborigène' qui est réalisée en
défaisant en partie l'Echelle de Jacob'. Le motif
lui-même, correspondait à la partie droite de la
figure yirrkala nommée 'Un Aborigène' (#96 dans
la collection de McCarthy), que la plupart des gens
soutiendraient qu'elle représente deux Aborigènes.
Mais, conformément à la tradition, Tom nomma
sa création en plaisantant, 'Moitié d'Aborigène'.
Il me montra aussi "Ecureuil montant dans un
arbre" - une figure utilisé par Barbara Schuzgruber
dans sa vidéo narration, mais qui n'avait jamais été
formellement décrite.

 

Plus que tout, je me souviens affectueusement de
Tom arrangeant le motif final qu'il avait créé -
non pas avec un crayon ou son pouce, mais avec
le bout de sa langue! J'étais aussi intrigué par
le fait qu'un de ses ongles était assez long -
J'ai appris plus tard que c'était le doigt avec
lequel il attrapait et lançait des disques dans
des concours de frisbee, (contrairement aux autres
participants, qui mettaient souvent des ongles
acryliques, Tom préférait un ongle naturel).

Pendant le reste de notre rencontre brève, mais
mémorable, Tom réalisa quelque unes de ses
"favorites actuelles" (c'est à dire, les figures qu'il
avait notées pour moi, en employant son code).
Quelques unes m'étaient familières, mais d'autres
étaient nouvelles, originales, et extrêmement
charmantes. Une, qu'il avait apprise d'un bijoutier
local, qui avait vécu autrefois en Afrique du Nord,
et qui représentait un 'Oasis dans le Désert'
(complet avec palmiers!). Une autre (dont Tom n'a
pas révélée l'origine) représentait un 'Cristal Géant
d'Atlantide'. Une troisième symbolisant des bâtons
de prière Indien Hopi ('Pajos'). Inutile de dire que
j'étais captivé et demandais à voir plus.

Tom aimait aussi beaucoup les tours de ficelle. Son
intérêt pour les tours de ficelle était dérivé de son
intérêt général pour la magie, surtout les tours
avec les pièces et les cartes qui exigeaient de subtils
mouvements escamoteurs, pour un impact maximum.
Depuis son enfance, il pratiquait des tours
d'escamotage, et adulte, il convainquit le propriétaire
d'un magasin local de magie, d'imprimer et de
distribuer les tours de cartes, qu'il avait inventés.
Pendant notre rencontre, j'ai eu la chance de voir
Tom exécuter quelques uns des tours de ficelle,
décrits dans le Volume 2 de sa monographie. Sa
technique était impeccable. La chose la plus
impressionnante que j'ai vu, était une série de
trois tours, que Tom avait collé en continu
pour qu'un tour passe spontanément à un autre
(voir Storer 1988:316-317).

 

Juste après avoir achevé sa démonstration, nous
avons commandé un repas. J'ai demandé un
sandwich poulet-salade servi avec un pain au
levain, mais Tom voulait seulement des frites
(les meilleures à Ann Arbor prétendait-il).
Après avoir commandé, Tom annonça que nous
serions bientôt rejoints par quelques uns de ses
meilleurs étudiants du jeu de ficelle, plus plusieurs
membres locaux d'ISFA, qu'il n'avait pas encore
rencontrés. Mais, avant qu'ils n'arrivent, il voulait
faire une bénédiction. En quelques secondes, il
produisit un petit sac tissé (une bourse de chaman),
ayant un cordon attachée à deux de ses quatre
 coins (pour que le petit sac puisse être suspendu
sur un ongle ou porté autour du cou). Puis, sans
prévenir, il l'éleva au-dessus de sa tête, saisit
quelque chose que je n'ai pas réussi à voir, le fourra
dans le petit sac, et marmonna quelque chose en
Ojibwa dans son poing fermé. Puis il me tendit
le petit sac et dit "Ne regardez jamais à
l'intérieur..."

 

A ce jour, je n'ai jamais regardé à l'intérieur.

Nous avons été bientôt rejoints par un groupe
des meilleurs fans du jeu de ficelle d'Ann Arbor.
Parmi eux se trouvaient (1) Eugene Bowen, un
ancien étudiant en math qui aimait taquiner Tom
sur ses chemises en velours à manches courtes
faites-maison, qui avaient une poche spéciale
sur la manche pour y mettre un paquet de
cigarettes; (2) Marcia Gaynor, qui avait rencontré
Tom dans une classe Ojibwa plusieurs années
 auparavant, et qui avait entièrement maîtrisé
le code du jeu de ficelle de Tom; (3) Pat Whale,
une femme vive d'à peu près 80 ans, qui appréciait
encore la réalisation des jeux de ficelle; et (4)
Barbara Schutzgruber, une narratrice
professionnelle qui incorporait régulièrement
des jeux de ficelle, dans ses représentations
publiques. Bien que le groupe était petit, le
chaos régnait, et en quelques minutes, tout le
monde avait commandé de la nourriture et
réalisait leurs jeux de ficelle préférés. Les employés
du restaurant, surtout les serveuses, étaient à la
fois confondus et amusés par nos bouffonneries.
Les clients soit nous ignoraient  (supposant que
nous étions dérangés!), ou nous firent plaisir en
nous montrant leurs talents (la plupart choisirent
 de nous impressionner en réalisant l'Echelle de
Jacob' ou la première figure dans la série
'Berceau du Chat'). Après une heure que nous avons
passée à partager des figures et avoir beaucoup ri,
tout le monde décida qu'il était temps de se
séparer. Mais avant de partir, j'ai demandé à Tom
s'il voulait bien "bénir" une ficelle en boucle, qu'il
m'avait envoyé plusieurs années auparavant, avec
un petit sac en cuir. En réponse, il réalisa
'Le Chef des Deux Arbres' avec, et prononça des
mots en Ojibwa, et me la rendit. Un "gros câlin"
("bear hug") spontané suivi, (ses amis Amérindiens
voyaient Tom comme un ours dans la tête, l'esprit
 et le corps).

 

Couronnes et Thalers
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