Recueillir des jeux de ficelle en Papouasie-Nouvelle-Guinée 2

1972-75

PAR

PHILIP D. NOBLE
PRESTWICK AYRSHIRE
ECOSSE

 

SUITE

 

 
La
Papouasie-Nouvelle-Guinée est un pays fascinant et
excitant, plein de variétés et de défis. On estime que 700
langages différents étaient parlés autrefois, et que les
locuteurs de chacun étaient culturellement distincts. La
majorité des habitants avait très peu de contacts avec
les étrangers. Dans les années 1970, les langages
commerciaux comme le Pidgin Anglais et Motu étaient
assez connus dans les villes, et l'anglais était devenu
de plus en plus commun parmi les personnes plus

 jeunes. Mais dans des zones éloignées, la

 communication présentait encore de grandes

difficultés.

Nous avons passé nos cinq premiers mois dans la
capitale, Port Moresby, où nous avons reçu des leçons
de langue. C'est durant la période 'orientation", que j'ai
écrit au Dr. Strathearn, Professeur d'Anthropologie à
l'Université, demandant des références aux collections
de jeux de ficelle Papouans. Par conséquent, j'ai eu

 accès à leur bibliothèque.

Quelques jours plus tard, une lettre des plus excitantes est

arrivée d'Inge Reibe, une connaissance du Dr. Strathearn.
Dans sa lettre, Inge déclara qu'il y a peu de temps, elle
avait recueilli des jeux de ficelle de parties variées de la
Papouasie-Nouvelle-Guinée. Elle m'encouragea à faire de
même, et me conseilla d'envoyer mes découvertes à
Mme Honor Maude d'Australie, qui travaillait à un
tableau comparatif des jeux de ficelle connus dans tout
le Pacifique. La lettre s'achevait avec l'adresse de
Mme Maude - le chose la plus précieuse!

La lettre d'Inge m'enseigna une leçon de grande valeur:
toujours avoir une ficelle sur soi. Il s'avéra que deux
semaines plus tôt, Inge et moi nous nous sommes rencontrés
à une fête à l'Eglise, et avons échangé des plaisanteries.
A ce moment là aucun d'entre nous ne connaissait l'intérêt
de l'autre pour les jeux de ficelle, et à jusqu'à ce jour,
nous ne nous sommes pas rencontrés de nouveau...
Vivre dans l'instant!

 
Tout au long des années suivantes, j'ai été en assez constant
contact avec
Mme Maude, qui s'est révélée être une amie

et une greffière extrêmement efficace et appliquée.

Néanmoins, elle ne m'a pas laissé de latitude: chaque fois
que je lui envoyé des descriptions incorrectes des méthodes
que j'avais recueillies, elle me les retournait aussitôt,
demandant que je "le fasse de nouveau", jusqu'elle soit
satisfaite. Comme je suis content maintenant, qu'elle ait
pris le temps et la peine de me soutenir. Elle m'a aussi
envoyé une liste d'articles de jeux de ficelle papouans, et
en temps utile, j'ai été capable d'avoir des copies envoyées de
la Bibliothèque du Royal Anthropological Institut à Londres.

Ma relation avec Honor Maude se fortifia lorsque ma
famille et moi avons déménagé à Sakarina dans les
Managalas, une région de l'intérieur de la
Papouasie-
Nouvelle-Guinée. L'endroit s'est avéré être le site du
projet de l'hôpital missionnaire, que l'église de

Mme Maude soutenait.

C'est dans ce contexte, que mon intérêt initial pour
les jeux de ficelle grandit et se développa. J'ai compris
que lorsque j'avais une ficelle sur moi, enroulée
autour du cou ou du poignet, les occasions d'apprendre
des jeux de ficelle augmentaient de façon significative.
J'ai même adopté la coutume de transporter la ficelle
enroulée sur la tête, comme Newton l'a décrit plus tôt.
Le temps passé à apprendre des jeux de ficelle était
extrêmement profitable, de toutes sortes de manières,
(bien que les autres, en particulier mes collègues de la
communauté expatriée ne me comprenaient pas). C'était
une joie en elle-même d'apprendre à réaliser des
motifs, mais cela m'aida aussi à former des relations
fortes d'amitié et de communauté. Il y avait beaucoup
de rires, surtout autrefois, sur "l'étrange missionnaire
blanc qui ne pouvait même pas faire la plus simple des
figures correctement." Mais après trois années, j'ai
découvert que j'étais devenu trop compétent: j'ai
compris que ce n'était pas poli d'être meilleur que
votre

 informateur. Il s'est avéré qu'il était important d'être
 toujours désireux d'apprendre - même si
je connaissais

déjà le jeu. Un autre effet utile de tout cela, a été que

j'ai entendu des histoires qui n'étaient pas racontées
normalement aux expatriés - ceci, non sans au moins
une tentative de les rendre plus "acceptables". Cela
s'est révélé utile dans la compréhension des coutumes
et des rituels spécifiques, qui auraient pu être autrement
très déroutants.

 
Sakarina avait une piste d'atterrissage où atterrissait
un petit avion trois fois par semaine....normalement! Le
fait que les vols étaient rarement à l'heure et que quelques
fois étaient annulés sans avertissement, signifie que l'on
passait beaucoup de temps assis à attendre. De telle situations
fournissaient des occasions excellentes pour jouer avec la
ficelle.

Des visites régulières ou patrouilles étaient faites aux villages
dans les parties les plus éloignées, et pour chaque voyage, je
prenais de la ficelle et un carnet. La partie la plus excitante
et éprouvante de ces patrouilles, était une marche de sept
jours, qui consistait à grimper au-dessus d'une chaîne de
montagnes et à redescendre dans la vallée vers la mer. Le
but était d'arriver un mardi, lorsque le vol hebdomadaire
arrivait, ce faisant éliminant les
sept jours de marche du
retour.

Vers la fin de mon premier voyage, j'ai eu un honneur
spécial. Au lieu d'avoir à marcher les derniers quinze
miles, les anciens du village ont décidé de faire un radeau,
et de me faire flotter jusqu'au dernier village. Etant donné
qu'on ne pouvait pas rendre le radeau, et étant donné
que du bois spécial était nécessaire à sa réalisation,
plusieurs familles acceptèrent de donner un rondin pour
la construction. Enfin, cela fut fait, et un petit siège fut
fixé au centre pour moi-même et l'invité honoré. La
surprise fut que le radeau ne flottait pas vraiment sur
l'eau - mais plutôt dans l'eau (à peu près 10 centimètres
sous la surface.

Etant donné que le jour était ensoleillé et chaud, nous
glissions souvent du radeau pour flotter le long de lui,
et nous refroidir dans la rivière limpide. C'est seulement
plus tard qu'un officier de la patrouille m'a raconté que
la rivière était devenue extrêmement dangereuse. Des
crocodiles de mer s'étaient déplacés dans la rivière et
 avaient atteints le chemin près des villages que j'avais
visités! Et donc, je ne suis pas sûr que je serai si impatient
 de nager là-bas de nouveau. Mais c'était une
splendide
 
expérience .

Peu importe le nombre de jeux de ficelle qu'un individu
connaissait, je n'ai jamais essayé d'en apprendre plus que
trois en une séance. C'était le nombre maximum que je
pouvais retenir de mémoire, avant de m'asseoir et d'écrire
un résumé détaillé dans mon carnet. Comme beaucoup
d'autres collectionneurs, j'ai développé finalement
un système en sténo. Cela fonctionne bien pour moi, mais
de temps en temps, une description imprécise pourrait
empêcher la création à nouveau de la figure.

 

Alors que je feuillette mes carnets, beaucoup de tendres
souvenirs me reviennent. Je n'oublierai jamais la femme
qui m'a enseigné "
Casoar ." Lorsqu'elle a d'abord
essayé de m'enseigner cette figure, elle a employé une
méthode très complexe, mais sentant ma frustration,
elle est passée à une version plus simple. Bien qu'elle
semblait ne pas savoir l'anglais, chaque fois que je faisais
correctement un mouvement elle s'exclamait: oh goody!
(chic!)
, oh goody! avec beaucoup d'enthousiasme. La figure
"os du nez" m'a été enseignée par un ancien du village, qui
prétendait que "personne d'autre ne savait comment
réaliser cette dernière." Deux jours plus tard, dans un
autre village, on m'a enseigné le même motif, et l'on m'a dit
la même chose. Sur une autre page de mon carnet, j'ai écrit:
"Aujourd'hui j'ai appris mon surnom - "Pattes de Casoar!"

Contrairement ce à quoi Henry Newton a été témoin
en 1914, dans les années 1970, une réserve ou une timidité
s'est développée en ce qui concerne les jeux de ficelle,
dans beaucoup d'endroits. A notre demande de
renseignements initiale, ils ont déclaré ne rien savoir
des jeux de ficelle. Cependant lorsque j'ai commencé
à en faire quelques uns  - me trompant sciemment alors
que j'essayais de manipuler la ficelle en boucle, feignant
de ne même pas savoir le plus simple des mouvements  - ils
me prenaient toujours la ficelle des mains et réalisaient
une ou deux figures. Je pense que cela pourrait encore être
vrai aujourd'hui.
...


En 1979, l' Institut of Papua New Guinea Studies à Boroko
a publié la magnifique collection de jeux de ficelle papouans.
Le livre abondamment illustré comprend des méthodes pour
réaliser 140 jeux de ficelle et tours. En 1980,  sa notation
en sténo servant à recueillir des jeux de ficelle a été publiée
dans le journal Anthropos (volume 75, pages 617-620).
Le Révérend Noble a été un membre fondateur de
l'Association Internationale du Jeu de Ficelle et de
1978-1993 il a servi de co-directeur de leur Bulletin Annuel.

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