UNE CONVERSATION AVEC CAMILLA GRYSKI: page 2


par
MARK SHERMAN
Pasadena, Californie
 

 

Interview

Ce qui suit est une transcription éditée
d'une longue interview, conduite
par Mark Sherman dans la
maison de Camilla Gryski, à Toronto

  

    Sherman: Parlez moi de votre enfance.
     

          Gryski: Je suis née le 2 mars 1948 à Bristol,
    Angleterre. Plus tard, j'ai vécu à Gloucester
    où mon père a enseigné au Gloucester College
    of Art. Je peux seulement me souvenir de
    morceaux et de fragments de ma vie en
    Angleterre - des choses comme le grand
    cheval à bascule de mon école, ma balançoire
    argentée au fond de mon jardin, mon échasse
    à ressort et ma trottinette. J'avais beaucoup
    de livres. Ma mère dit que quand j'étais petite,
    je me réveillais avant l'aube en demandant
    à "garder un livre" (regarder un livre). Je
    ne me souviens pas d'avoir appris à lire.
    Personne ne m'a appris. Je dois avoir appris
    juste de mes livres d'histoires.

 

    Sherman: Quand avez-vous quitté l'Angleterre?
    
    

         Gryski: Quand j'ai eu 9 ans. Mon oncle a émigré
    au Canada et ma famille a décidé de le rejoindre.
    Quelle aventure! Tout ce que nous possédions a
    été trié. Des choses ont été vendues, et d'autres
    ont été emballées dans de grandes caisses de bois,
    pour être transportées par mer jusqu'à Toronto.
    J'avais une petite valise qui contenait mon ours
    en peluche, mon livre d'autographes (pour les
    anciens amis et les nouveaux) et quelques livres.
    Un au sujet d'un joufflu koala nommé Wonk, qui
    aimait la confiture et n'aimait pas les aventures,
    et son ami qui le réveillait au milieu de la nuit
    pour s'enfuir vers la mer. Je me souviens
    montant sur le Queen Elizabeth à la mi-janvier
    et traversant l'Atlantique. Je me souviens très
    bien du voyage en bateau car il a été très
    houleux. Le bateau a accosté à New York,
    mais notre destination était Toronto, où mon
    père avait été engagé pour enseigner les arts
    graphiques, au Ryerson Polytechnical Institute.

 

    Sherman: Connaissiez-vous beaucoup de
    jeux de ficelle, lorsque vous étiez enfant en
    Angleterre?

 

    Gryski: Je connaissais la série du Berceau
    du Chat, mais rien d'autre.
    

           Sherman: Aujourd'hui, vous êtes la plus
    considérée des auteures de non-fiction pour
    enfants, au Canada et au Etats-Unis. Que
    lisiez-vous lorsque vous étiez enfant et jeune
    femme?

 

    Gryski: Lorsque j'étais enfant, j'étais une
    lectrice vorace. J'ai encore quelques uns des
    classiques. J'ai lu: Alice au Pays des Merveilles,
    Peter Pan et les livres Katy (Qu'est-ce que Katy
    a fait, Qu'est-ce que Katy a fait après, et
    Qu'est-ce que Katy a fait à l'école), l'Ile de Coral
    de Ballantyne , et Les Voyages de Gulliver de
    Swift. Mais j'ai aussi passé beaucoup de mon
    temps à lire toutes les "mauvaises" choses
    comme des séries, mystères et aventures.
    Parmi mes favoris il y avait Nancy Drew, les
    jumeaux Bobbsey, et Cherry Ames.
    A l'école secondaire, j'ai commencé à lire
    des histoires de science fiction et fantastiques -
    Edgar Rice Burroughs, Heinlein et Tolkein.
    Je suis désolée d'avoir dû attendre jusqu'à
    mes vingt ans, pour découvrir des classiques
    comme Les Chroniques de Narnia ou le
    Jardin de Minuit de Tom.

 

    Sherman: Quand avez-vous écrit
    professionnellement, et sur quoi
    écriviez-vous?

 

    Gryski: La première longue chose que je
    me souviens d'avoir écrit, était mon
    autobiographie quand j'étais en
    quatrième (grade 8). J'ai écrit sur l'esprit
    frappeur de notre vieille et terrifiante maison
    anglaise, Hamelin, et sur le voyage en mer
    sur le Queen Elizabeth à travers
     l'Atlantique. Tout ceux qui ont lu
    l'autobiographie, ont dit que je serais
    un jour une écrivaine, et j'ai écrit à l'école
    secondaire et à l'université: des poèmes
    d'adolescents, des histoires sur des dinosaures
    qui voulaient voler et de petites créatures
    amusantes appelés "coghill"qui mangeaient
    des boutons d'or! Je n'ai jamais estimé que
    je devais avoir une carrière d'écrivain. Je
    voulais, alors, être pédiatre. Je savais que je
    pouvais écrire car j'ai toujours réussi mes
    examens et mes exposés, et cela s'est affirmé
    à l'université, où la plupart de mon énergie
    créative a été à la production de dissertations
    nécessaires à ma licence universitaire en
    littérature anglaise. Je n'ai jamais fait de
    brouillons de quoi que ce soit. Je m'asseyais
    juste une nuit avant, je tapais à la machine la
    nuit, et je la remettais. Et je réussissais!

 

    Sherman: Quand avez-vous commencé à
    être intéressé à la littérature infantile?

 

    Gryski: Pendant mes quatre années à
    l'université, je me suis inscrite dans un cours
    sur le Récit Romantique et Frankenstein.
    Lorsque j'ai raconté à ma professeur que
    j'étais intéressée par les livres pour enfants,
    elle m'a encouragée à explorer la Collection
    Osborne de la Littérature de la Petite Enfance,
    à la bibliothèque publique de Toronto, où j'ai
    découvert les travaux de Georges MacDonald,
    et ai commencé à chercher des livres pour
    enfants, qui pourraient être classifiés en tant
    que Roman Noir. J'ai fait un exposé là dessus, et
    j'ai commencé à lire tous les classiques de la
    littérature infantile, la plupart d'entre eux,
    je les avais manqués enfant. Quand je suis
    finalement devenue une bibliothécaire pour
    enfants, j'ai lu des livres écrits pour des enfants
    tout le temps, et j'ai aimé les lire à mes
    enfants. Maintenant, j'ai toujours une pile de
    livres à côté de mon lit, un dans mon sac, et
    un ouvert en-haut du réfrigérateur - je lis
    même, quand je remue quelque chose sur
    la cuisinière! Maintenant, quand je regarde
    en arrière, je peux voir que toutes les choses
    que j'ai faites, étaient pour me préparer à écrire
    pour les enfants.

 

    Sherman: Quand avez-vous achevé votre
    premier et deuxième cycles (undergraduate
    training).

 

    Gryski: En 1971. J'ai reçu un Bachelor of
    Arts Degree en anglais de l'Université de
    Toronto et ai été diplômée avec honneurs.

    Sherman: Que s'est-il passé après?

    Gryski: Je me suis immédiatement inscrite
    au programme de formation d'enseignant
    Montessori. Rétrospectivement, j'aurais du
    aller directement à l'école des bibliothécaires
    (library school) quand j'ai fini mon B.A. mais
    puisque c'était un programme de deux années,
    j'ai opté pour le programme Montessori d'une
    année, à la place. Après cela, j'ai enseigné à
    mi-temps, et travaillé à mi-temps avec d'autres
    enseignants en formation de Montessori,
    pendant un an. Durant ma seconde année,
    j'ai enseigné à plein temps. J'aimais les
    enfants, mais l'enseignement Montessori
    signifie perdre les enfants lorsqu'ils ont
    6 ans, juste quand je sentais qu'ils étaient
    entrés dans la plus excitante tranche d'âge.
    Et j'ai aussi réalisé, que j'aimais plus la
    littérature infantile que d'être enseignante,
    alors j'ai décidé de retourner à l'Université
    de Toronto et de travailler à un Master's
    Degree en Science des Bibliothèques pour
    que je puisse devenir une bibliothécaire pour
    enfants.

 

    Sherman: Comment cela s'est-il passé?
    

    Gryski: Parfaitement bien. Pendant ma
    première année, on m'a attribuée la bourse
    Winifred G. Barnstead, et pendant ma
    deuxième année, j'ai eu une bourse de
    recherche de maîtrise (Master's Fellowship).
    Il m'a été difficile d'accepter la bourse de
    recherche. J'étais alors enceinte et voulait
    vraiment aller à l'école à mi-temps. Mais,
    la bourse de recherche était pour des
    études à plein temps, et nous  n'avions pas
    beaucoup d'argent, car mon mari Chester
    étudiait aussi, pour les examens d'admission
    au barreau. Donc, au lieu d'être raisonnable
    et d'avoir le bébé en novembre, pendant que
    je continuerai à aller à l'école à mi-temps,
    j'ai tout fait à la fois. Par conséquent, j'ai été
    diplômée en 1976 et je suis restée à la maison
    jusqu'en janvier 1977. C'est alors que j'ai
    entendu parler d'un poste de bibliothécaire,
    deux jours par semaine, au très célèbre
    hôpital pour enfants malades (Sick Kids),
    ici à Toronto. Leur bibliothèque est un
    service publique (outreach) du système des
    bibliothèques publiques de toute la ville de
    Toronto.
    
    

    Sherman: Fantastique! Combien de temps
    avez-vous travaillé là-bas?

 

    Gryski: Presque vingt ans - de 1977 à 1995.

 

    Sherman: Et quelles étaient vos fonctions?

 

    Gryski: Officiellement, j'étais responsable de
    sélectionner les livres, les ouvrages de
    référence, le lecteur consultatif (reader's advisory).
    J'ai même réalisé un spot publicitaire
    hebdomadaire, sur la chaîne de télévision en
    circuit fermé de l'hôpital. La bibliothèque était
    ouverte de 9 à 12, deux jours par semaine.
    Il y avait plus de 4000 livres dans la collection,
    mais je ne me suis pas impliquée fortement dans
    la documentation de projets. J'avais des livres
    sur les volcans, les étoiles, l'espace, et les
    dinosaures, et beaucoup de blagues, devinettes,
    artisanats, et beaucoup, beaucoup de livres
    d'images. Tous les après-midis, j'allais dans les
    services pendant deux heures, avec des livres
    pour les enfants, qui étaient trop malades pour
    se rendre à la bibliothèque même. J'avais un
    assistant et des femmes auxiliaires bénévoles,
    qui travaillaient avec moi. Ensemble, nous
    pouvions nous occuper des services - la moitié
    de l'hôpital un jour, et l'autre moitié l'autre
    jour.

 

    Sherman:Quels étaient quelques uns des
    défis spéciaux auxquels vous avez du faire face,
    en travaillant avec des enfants très malades?

 

    Gryski:Etre bibliothécaire pour enfants
    à Sick Kids, était vraiment important pour
    moi. Je n'allais pas à l'école des bibliothécaires en
    pensant, "Je vais aller travailler dans un
    hôpital." donc je n'ai pas appris à m'habituer
    à l'environnement de l'hôpital, progressivement
    à travers ma formation, j'ai juste commencé
    à travailler un jour, et j'ai du m'adapter le
    mieux que je le pouvais. Quelques 18 enseignants
    du Board of Education Special Ed de Toronto
    étaient basés à l'hôpital. Il y avait le programme
    de traitement de jour: les enfants allaient à
    l'école chaque jour, recevaient leur traitement
    rentraient chez eux. Quelques enfants restaient
    à l'hôpital pour de courtes périodes, mais
    d'autres que je connaissais, restaient pendant
    plus d'un an.
    Je contais deux fois par semaine dans les
    salles de jeux. Il y avait une salle de jeux pour
    deux services, dirigée par un spécialiste de la
    vie de l'enfant. Je devais être très flexible
    en préparant une heure de conte. Il n'était
    pas facile de sélectionner un livre, que vous
    puissiez lire à un enfant de 3, 8 et 12 ans,
    en même temps.
    
    

    SUITE
    LA DECOUVERTE DES JEUX

 

Bulletins ISFA Bisfa 9 Hommage CAMILLA GRYSK Mark Sherman

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