Tom Storer page 25

Hommage à 

 Quelqu'un qui Aimait la Ficelle

par Mark Sherman

 

Lui rendre un dernier hommage

Tom n'avait pas voulu une cérémonie élaborée
ou funéraire. Pour respecter ses vœux, Karen
décida de célébrer la vie de Tom en organisant
un déjeuner à son restaurant favori. Une plus
grande commémoration était prévue pour le
Powwow de l'Université du Michigan en mars.
L'évènement a eu lieu un samedi, le 18 novembre
2006. Les célébrants comprenaient les deux filles
(accompagnées de leurs époux et enfants) et une
poignée de ses amis les plus proches, la plupart
 étaient amérindiens. J'ai été aussi invité et j'ai
accepté cette invitation, avec grande fierté
 et honneur.

 

Avant d'entrer dans la pièce du haut où se tenait
le banquet, les invités passaient devant une table
présentant des "Souvenirs de Tom ". Les objets
comprenaient deux photographies de Tom:
une plus ancienne de lui jouant de la guitare
devant la porte d'une cabine, avec son dalmatien
"Blue" à ses côtés, et une photo plus récente de
lui portant tous ses précieux bijoux navajo que
des orfèvres avaient fait sur mesure pour lui,
durant des années. Les bijoux, eux-même, étaient
de même posés sur la table. L'objet le plus
saisissant était un fabuleux collier en argent
fait de deux douzaines de médaillons araignée
 reliés, taillés de pièces, le plus grand étant de
la taille d'un poignet. Un collier plus petit se
distinguait de même par de petits médaillons,
mais suspendu à lui, se trouvait une très grande
veuve noire encastrée.

 

Pendant le déjeuner commémoratif nous avons
aimé échanger de très bons souvenirs de Tom.
Tout le monde connaissait son profond amour
pour les jeux de ficelle, mais nous avons aussi
raconté des histoires sur son penchant pour
les grandes pièces, les dalmatiens, le frisbee
free-style, - et presque tout le monde exprima
de l'admiration pour sa belle calligraphie!
Ils ont aussi remarqué combien il les avait
influencés, souvent à un tournant critique
de leur vie, avec discrétion et un sens de
l'humour. Un de ses plus proche amis, un
Amérindien qui enseignait aussi à l'université,
aima à raconter à tout le monde comment Tom
refusa de demande sa titularisation, lorsqu'il
était en droit de le faire. D'après son ami, Tom
 déclara, "S'ils veulent que je l'ai, ils peuvent
juste me la donner" - et finalement ils lui ont
donnée! Il s'opposait avec véhémence aux lois
anti-fumeurs de l'université car c'était une
 discrimination contre les Amérindiens: "Un
Indien sans tabac n'est pas un Indien!", disait
Tom. J'ai aussi appris que pendant des moments
difficiles, Tom vivait (campait) quelques fois près
de la rivière, gardant la plupart de ses affaires
personnelles dans son bureau. Des officiers de
police qui n'étaient pas au courant le harcelaient
souvent, ne comprenant pas que le "clochard"
qu'ils questionnaient, était en fait un professeur
universitaire.

 

Pendant le déjeuner commémoratif, une de ses
amies se souvint lui avoir fait des chemises
avec des rubans aux couleurs vives. Grâce à ses
chemises peu communes,  et sa veste perlée de
couleur vive qu'il portait souvent sur le campus,
les étudiants le reconnaissaient instantanément,
même à une grande distance. Deux de ses amis
seneca, qui étaient venus en voiture de New York,
pour assister au déjeuner commémoratif,
évoquèrent des souvenirs de ses années à Buffalo
et de combien il aimait écrire à ses deux filles
restées au Michigan. Après que le repas fut servi
la fille de Tom, Jeannie joua "Greensleeves"
sur la flûte qu'elle avait héritée de son père. Un
des étudiants amérindiens qu'il avait conseillé
des années auparavant, distribua des sachets
remplis de tabac et nous dit de les suspendre à
des arbres et de les brûler, chaque fois que
nous aurions envie de nous souvenir de Tom.

Après le repas, Karen distribua de petits cadeaux
qui comprenaient des cloches, des couteaux,
des cristaux, des ours sculptés, de la bijouterie,
et des pièces de Tom. Elle m'offrit à moi
un petit sachet en écorce suspendu à une
ficelle et décoré de motifs aborigènes. Elle
indiqua que Tom portait souvent ce petit sac
autour de son cou. A l'intérieur j'ai trouvé
une photo déchirée d' 'Egamatta' étendue sur
les mains d'Honor Maude (fig. 15), le jeu de ficelle
nauruen favori de Tom. A un moment donné,
pendant les nombreuses années pendant lesquelles
ils ont correspondu, Honor Maude, lui a
apparemment envoyé cette photo, accompagnée
des instructions pour réaliser cette figure,
qu'elle avait obtenue des Nauruens en 1936.
C'est en fait 'Egamatta' - que Tom avait d'abord
 vu au dos du livre de Jayne - qui lui donna
l'envie d'écrire à Honor Maude en 1964,
pour lui dire qu'il avait conçu une méthode pour
réaliser le motif central. Inutile de préciser
que j'étais à la fois flatté et enchanté d'hériter
d'un tel trésor.

 

Après le dessert la fille de Tom, Eileen, me
demanda de réaliser quelques jeux de ficelle
pour les enfants, ce que j'ai été heureux de
faire.  Il apprécièrent surtout la 'Raie', une figure
"coude" en trois dimensions de Palau, que j'avais
récemment reconstruite (voir BISFA 13, fig. 56).
Eileen ne se souvenait pas comment réaliser les
jeux de ficelle que son père lui avait montré,
lorsqu'elle était enfant, mais elle se souvenait
très bien de son père réalisant une figure animée
représentant un chien attaché.

 

Au milieu de l'après-midi, la plupart des invités
étaient partis. Etant donné que j'étais celui qui
était venu de plus loin, Karen désirait passer
un peu plus de temps avec moi. Ni Tom, ni
Karen n'avaient l'habitude de recevoir des
invités chez eux (en tant que figure "publique",
Tom appréciait son intimité), mais grâce à
notre longue histoire, Karen se sentit à l'aise
et m'invita à visiter le "terrier" de Tom, la
chambre dans laquelle il jouait le plus souvent
avec la ficelle.

 

A notre arrivée, nous avons été accueillis par
"Jesse", le dalmatien, qui avait envie de
m'escorter au terrier de Tom. Tom n'était plus
là depuis longtemps bien sûr, mais dès qu'on
 entrait dans la pièce, on sentait sa présence.
Les meubles de Tom étaient aussi modestes
que Tom lui-même: un bureau en fer taille
étudiant, une chaise de bureau grinçante,
un classeur de couleur olive, un fauteuil
très rembourré avec des pieds sciés (et
donc il était au niveau du plancher), et
plusieurs coussins en formes de poire. Même
les bibliothèques de Tom étaient modestes:
des planches de bois brutes séparées par des
briques placées stratégiquement. Mais quels
trésors elles portaient! Là, sous les yeux, se
trouvait la plus grande collection du jeu de
ficelle au monde - l' "Encyclopédie du Jeu de
Ficelle" de Tom (fig. 16). Comprenant que je
 voulais désespérément la feuilleter, Karen m'invita
à m'asseoir un moment et à "apprécier".
Pendant presque deux heures j'ai feuilleté un
classeur bleu après l'autre. Chacun contenait
des photocopies de la littérature que Tom
avait accumulées avec les années, y compris des
photocopies de livres qu'il possédait et tout ce
qui était publié par ISFA (chaque article classé
alphabétiquement par auteur). Pour moi, c'était
 comme une journée à Disney Land.

Mais le plaisir venait juste de commencer!
Lorsque Karen est retournée, elle a ouvert le
tiroir du haut du classeur en métal de Tom
et a retiré un classeur fragile rempli de fines
feuilles de papier à lettres avion: les 40 années
de correspondance de Tom avec Honor Maude.
Ayant lu la préface du livre de Nauru de Mme
Maude, je savais que Tom avait joué un rôle actif
en testant et en vérifiant les méthodes qu'elle
écrivait, mais je ne savais pas combien de temps
cela avait pris. En lisant la correspondance,
qui commençait en 1964, j'ai appris que Honor
et son mari Harry passaient souvent des jours
à discuter comment décrire, au mieux, la
construction d'un simple jeu de ficelle. Une fois
qu'ils étaient arrivés à un accord, Honor écrivait
les instructions, demandait à son fils Alaric de
 prendre des photos du motif étendu sur ses
 mains, et envoyait le tout à Tom pour qu'il
le vérifie, d'habitude cinq figures à la fois.
Etant donné qu'il fallait aux lettres quatre
semaines ou plus pour arriver, Tom et Honor
finirent par passer cinq années sur le projet!
Mais il est clair que les deux y ont pris du
plaisir, surtout Tom, qui attendait
 impatiemment chaque nouveau lot de
méthodes nauruennes.

 

Juste alors que je pensais avoir vu le meilleur
des trésors de Tom, Karen produisit encore un
autre trésor (elle avait, en fait, gardé le meilleur
pour la fin): Le "Petit Livre Rouge" de Tom.
C'est pendant nos conversations sur son année
à Buffalo que j'ai entendu parler pour la première
fois de son "Petit Livre Rouge" format de poche
qu'il avait eu sur lui pendant des années. Il y
écrivait, dans le code Storer, les instructions
pour réaliser ses jeux de ficelle favoris. Une fois,
alors qu'il passait la frontière du Canada vers
les Etats-Unis, avec ses amis Senecas, un
douanier découvrit le "Petit Livre Rouge" de
Tom. L'officier était convaincu que les instructions
codées étaient liées à un complot anti-
gouvernemental conçu par la tribu seneca, et
refusa de laisser Tom passer la frontière. Pour
sa défense, Tom finit par "décoder" les instructions
avec sa ficelle, pour convaincre l'officier qu'il
n'était pas une menace pour les Etats-Unis
d'Amérique. Ici, sous mes yeux, se trouvait le
petit carnet de poche rempli d'instructions des
jeux de ficelle, que Tom avait décrits au téléphone.
Tom prenait son carnet miniature avec lui
partout où il allait, et donc ses figures favorites
étaient toujours accessibles, mesurant seulement
5,08 de largeur et 7,62 de hauteur, il était
facile à transporter). Comment a-t-il réussi à
écrire si petit et si lisiblement, c'est un
mystère. L'impeccable netteté de l'écriture
(fig. 17), combinée avec sa petite taille, est
incroyablement plaisante à l’œil: que vous
compreniez ou non les instructions codées!

 

Epilogue
Suite

Bulletins ISFA Bisfa 14 Tom Storer Hommage

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