Tom Storer page 4

Hommage à

Quelqu'un qui Aimait la Ficelle

  par
Mark Sherman

 

Apprendre à connaitre Tom

(suite)

 

Tom n'avait pas de problème pour exprimer son
admiration à d'autres, mais lorsque venait le
moment d'accepter les éloges, il rejetait le
compliment. Dans sa lettre du 10 mars 1984, il
répond à un commentaire que j'avais fait sur
lui, disant qu'il était la plus haute autorité
sur les jeux de ficelle:

 

J'aimerais vous dire quelque chose de plus
personnel, Mark, en rapport avec ce qui est écrit
plus haut...je ne vous dirais pas comment vous
devez me voir, ou n'importe quelle partie de
l'univers, pour cette affaire... mais à mes propres
yeux, je ne suis pas "la plus haute autorité
sur les jeux de ficelle" sur n'importe quel aspect
 des jeux de ficelle! Je suis quelqu'un qui aime
juste vraiment et véritablement la ficelle - et je
veux que la beauté et la technique que j'ai
découvertes soit un point de départ...pas une "fin"
en soi...pour la prochaine génération des fans du
Jeu de Ficelle. Le travail que j'ai réalisé...références
impasses, les figures qui ne peuvent être réalisées
d'après les descriptions publiées, etc...franchement
j'en ai aimé chaque minute! Les Personnes Indiennes
Ojibwa, ici au Michigan, m'ont donné le nom de
"Tkobjigewnini"...qui, dans leur langue signifie
"l'homme dont la vie est entièrement emmêlée dans
la ficelle"...peut-être que cela vous dira comment
je le sens; si le travail que j'ai réalisé peut faciliter
la vie à ceux qui suivent, c'est tant mieux! C'est assez.

J'ai appris plus tard que Tom questionnait quiconque
prétendait être un "spécialiste du jeu de ficelle" ou un
"expert" des jeux de ficelle. Grâce à tout ce qu'il
avait lu sur le sujet, il comprit qu'il ne pourrait jamais
saisir les mystères infinis de "la ficelle".

 

Dans une de mes premières lettres à Tom, je confessais
que j'étais souvent embarrassé lorsqu'un professeur, ou
un condisciple, me surprenait à photocopier la
littérature du jeu de ficelle à la bibliothèque. Je
 reconnaissais aussi que je n'avais pas le courage de
réaliser des jeux de ficelle en public, et c'est la
raison pour laquelle j'ai rarement rencontré d'autres
personnes partageant ma passion. Sa réponse me surprit
et par ailleurs soulignait son immense respect pour
les Amérindiens:

 

...je comprends votre embarras lorsque vous êtes
"surpris" en train de copier des monographies
des jeux de ficelle, ou à jouer aux Jeux de Ficelle
en public... Bien que je ne le partage pas. J'ai
depuis longtemps compris comment "les gens
sérieux" regardent les jeux de ficelle... mais
leurs opinions ne font que renforcer mes
sentiments de non-compétitivité et mon manque
d'ambition général pour la richesse, la puissance,
et le prestige: et donc c'est O.K. pour moi!

Après des années de relations avec Les Gens,
ils ont compris que je ne suis pas une "menace"
pour eux, et donc à présent nous "parlons" des
jeux de ficelle...d'habitude très agréablement,
et c'est une manière agréable de passer une heure,
en ce qui concerne ma manière de penser. Dans
ma vie, j'ai eu la chance de rencontrer beaucoup
d'anciens 'qui n'étaient pas sérieux' et qui
connaissaient la beauté de la ficelle...qui vole
comme je marche; leur mode de vie. Avoir honte
du Jeu de Ficelle serait comme avoir honte d'eux;
leur mode de vie: et je ne pourrais jamais faire
cela. Ils sont parmi les meilleurs plus "fortes"
personnes que je connaisse. Quoi qu'il en soit,
Mark, j'espère que vous pourrez trouver un
moyen d'assumer votre embarras lorsque vous
réaliserez des jeux de ficelle en public.

Dans les trois lettres suivantes, Tom me révéla
combien était précieuse son amitié avec les
Amérindiens:

 

Je suis très conscient de la réticence des Indigènes
(surtout celle des Amérindiens) à parler de
Jeux de Ficelle avec des personnes qui ne sont
 pas tribales. Les vrai experts de ma connaissance
sont des Anciens Tribaux ("Gardiens de la
Croyance"), qui refusent uniformément de parler de
 Ficelle avec des "Types Académiques" - prétendant
 ne pas savoir l'anglais - les heures les plus précieuses
de ma vie ont été passées avec ces Anciens. J'ai plus
appris sur "la Ficelle" en une heure avec un Iroquois
Gardien de la Croyance, par exemple, plus que de
toute ma "littérature" sur le sujet. L' "Art" n'est pas
en train de mourir en Amérique!

 

Au Powwow des Trois Feux à Wiekiewquemakong
(Péninsule supérieure) dimanche dernier, j'observais
un artiste local qui travaillait avec des  perles alors
qu'il mangeait son dîner, entre les cérémonies de
l'après-midi et du soir; passant le temps avec un
peu de jeux de ficelle magiques. L'ancien, [nom],
vint et s'assit sur la couverture de la tombola en
face de moi (avec quelques enfants), et - pendant
à peu près une heure et demi - rit et applaudit
comme une belle fillette alors je réalisais des
figures. Je lui ai offert silencieusement la ficelle,
et elle l'a acceptée avec empressement; "J'avais
l'habitude d'en faire beaucoup quand j'étais
grande comme ça", a-t-elle dit. Et, en diminuant
la difficulté alors qu'elle faisait sienne ma ficelle,
et que la mémoire revenait - elle réalisa plus de
40 figures, quatre ou cinq m'étant entièrement
nouvelles. Elle raconta des histoires en indien
(Nishnaabenwin) alors qu'elle faisait les figures,
et disait qu'un jour elle me chanterait les chansons
qui vont avec - celles dont elle pouvait encore se
 souvenir.  Ensuite, après le café, j'ai dit, "Un de
mes amis, le Père [Hal Sherman] avait étudié les
indiens de cette région pendant son existence et
dit qu'ils ne réalisent pas des jeux de ficelle."
Elle leva ses mains et rit, disant  "Eh bien vous
ne pouvez pas tout apprendre en une génération!"
C'est probablement une bonne leçon pour
nous tous.

 

Je ne "recueille" pas les jeux de ficelle comme
le font les anthropologistes. Quelque fois lorsque
j'étais invité à Longhouse, ou Kiva, pour une
cérémonie...ensuite, un ancien pouvait s'approcher
de moi avec son petit sac à ficelle (il pouvait même
savoir qui j'étais!) et s'asseoir et fumer le vieux tabac
(knit-knit) et parler, rire, et partager des Jeux de
Ficelle pendant une heure ou plus. J'ai récemment
vu ce que je crois être l'équivalent de "Jazz" d'un
    Iroquois Gardien de Croyance - l'histoire et la
ficelle se guidaient l'une l'autre, avec quelques
nœuds et pas de répétition. Maintenant que je
assez bon avec la ficelle, mais que je suis loin
d'une telle performance improvisée, il vaut mieux
ne pas en parler. (Bien sûr, je peux tromper certains
en me préparant très bien - je n'en ai pas le désir et
ne croit pas que ce que j'ai témoigné soit si accompli.
On peut difficilement me tromper avec la ficelle.)
Ces anciens savent qu'ils ne verront jamais (ou
entendront parler d'un article avec mon nom
dessus relatant une telle expérience mais, néanmoins
on dit souvent, "Maintenant, ces choses doivent être
 discutées uniquement avec Le Peuple." J'ai un
grand respect pour l'oral traditionaliste, et ne
voudrait jamais faire quoi que ce soit pour
 compromettre ces moments merveilleux passés avec
les Anciens Tribaux; ils sont plein de magie, et
d'émerveillement, de force et de grande paix et
de douceur, aussi. Ils avaient l'habitude de voir en
moi quelqu'un qui connaissait beaucoup de figures
et avait une large variété de techniques mais encore,
 -quelque peu- ayant réussi à rester largement
 ignorant de la "Signification des Jeux de Ficelle."
Quoi qu'il en soit, maintenant je vois les "Jeux de
Ficelle" comme un tissage créationniste de temps
et d'espace entre les mains, les deux répercutant et
 influençant le Passé, le Présent distant et le Futur -
Ceci étant l' "Art" pratiqué par les Gardiens de
Croyance. Peut-être en sera-t-il ainsi dans ma
propre pratique de l'Art un jour; le talent est
en moi, on l'a dit - il a seulement besoin d'un
développement plus poussé. Il existe bien sûr
une vrai possibilité que j'ai reçu une éducation
trop élevée pour accomplir ce développement.
Certains Anciens croient que l'Education et la
Sagesse sont antagoniques.

 

Finalement, j'ai appris que Tom avait étudié la
langue du peuple Ojibwa pendant 10 ans (la
tribu Ojibwa est aussi connue en tant que
Chippewa, et sont des autochtones du Mishigan.
Aujourd'hui, ils préfèrent être appelés
Anishinaabe). En 1973-1974 , il était un professeur
invité au campus de l'Université de l'Etat de New
 York, situé à Buffalo. Durant ces années, il a
vécut parmi les Amérindiens locaux (les Seneca),
et faisait la navette chaque jour de son logement
modeste dans la réserve (une caravane derrière
une maison longue amérindienne) à l'université
située dans la ville. A l'université, il a eu le
plaisir d'assister à une conférence de Thomas
Banyacya, un Ancien Hopi mondialement connu,
qui a parlé du rocher prophétique Hopi qui était
orné de hiéroglyphes, qui prédisent la mort de la
planète terre. D'après Banyacya, la "gourde des
cendres" (c'est-à-dire la bombe atomique) sera
jetée trois fois dans l'histoire du monde (les
bombes d'Hiroshima et Nagasaki représentent
les deux premiers lancés). "Lorsque la gourde des
cendres est lancée, divers vents vous frappent, des
serpents noirs dansent, des gens sans jambes
s'enfuient en pleurant, et des galets bougent sur le
sol." L'avertissement de Banyacya a eu un énorme
impact sur Tom, qui a parlé aussi d'une prophétie
Amérindienne affirmant que "juste avant la fin du
 monde, une araignée géante recouvrira la terre."
Tom était convaincu qu'internet était la toile de
l'araignée géante, et pour cette raison renonça
à apprendre à utiliser un ordinateur.

 

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